Phytothérapie ayurvédique

 

La phytothérapie ayurvédique est fondamentalement différente de la phytothérapie Occidentale. En effet, la phytothérapie ayurvédique est très intéressante du fait qu’elle s’adresse vraiment à la personne unique que vous êtes. Comme vous le savez, l’Ayurvéda s’occupe de la personne et non pas de la maladie. Ainsi, le choix des plantes sera fait en fonction de la constitution de la personne. Il n’est pas donné une même plante pour tout le monde. En conséquence, pour bien comprendre la phytothérapie ayurvédique, il faut bien comprendre les fondements de l’Ayurvéda. Car, l’Ayurvéda utilise les 3 doshas pour comprendre la constitution de naissance (ou Prakriti) de la personne et adapter le traitement selon votre constitution.

 

 

 

 

Le principe de vyria

 

La phytothérapie ayurvédique choisit également les plantes en fonction de l’ énergie (vyria) qui peut être chaude ou rafraîchissante.

Les plantes fraîches conviendront aux constitutions pitta mais pas aux constitutions vata et kapha, bien que pour les constitutions kapha, les plantes à énergie fraîche puissent être employées à condition d’ajouter des plantes à énergie chaude afin de ne pas augmenter la fraîcheur de kapha. Les plantes chaudes conviendront aux constitutions vata et kapha. En conséquence, il ne sera pas donné indifféremment une même plante pour tout le monde mais elle sera choisie en fonction de la personne.

La menthe verte qui est d’énergie fraîche conviendra à pitta et kapha. Mais kapha devra y ajouter une plante chaude et piquante afin de ne pas augmenter sa fraîcheur ; en effet les plantes conseillées pour la constitution kapha sont des plantes chaudes et piquantes avec des plantes fraîches, amères, astringentes. La menthe verte ne convient mais pas du tout à vata qui a besoin de plantes douces et chaudes. A l’inverse, la menthe pouliot qui est d’énergie chaude, conviendra à vata et kapha mais pas à pitta qui a besoin de plantes fraîches, douces, amères, astringentes.

Le thym ou le romarin sont des plantes chaudes et piquantes et conviendront à vata et kapha. En effet, le piquant augmente vata uniquement s’il est pris en excès car il amplifierait la sécheresse de vata. Mais, ces plantes sont déconseillées à pitta qui a besoin de frais.

Il est donc primordial de déterminer votre constitution ayurvédique afin de choisir les plantes qui vous conviennent et de suivre une alimentation ainsi qu’une hygiène de vie adaptée à la personne.

 

 

 

Le principe de anupanas

 

 

La phytothérapie ayurvédique utilise les plantes adaptées à votre constitution et emploie des moyens d’absorption ou anupanas afin d’augmenter ou diminuer l’effet des plantes, d’aromatiser les plantes, de cibler l’action des plantes dans les « tissus ou dhatus ».
Les « anupanas » sont également choisis selon votre constitution ayurvédique et ne seront donc pas les mêmes pour tous. C’est ainsi que l’eau chaude et l’huile de sésame conviendront à vata tandis que l’eau chaude et le miel conviendront à kapha. Les anupanas pour pitta seront l’eau fraîche, le ghee et le lait.
D’autres « anupanas » peuvent être employés tels que le sucre de canne complet, les jus de fruits, l’alcool, le bouillon de viande.

 

Le principe des récipients 

 

 

De plus, la phytothérapie ayurvédique utilise des récipients adaptés à la constitution de la personne pour préparer les plantes. Pour apaiser vata, on choisira des récipients en fer car il est lourd et stabilisant (contrairement à vata qui est léger).

Pour la constitution pitta, des récipients en argent sont recommandés car l’argent rafraîchit contrairement à pitta qui est chaud.

Pour la constitution kapha, des récipients en cuivre sont conseillés car il est réducteur des graisses (en effet kapha est froid, lourd, humide, huileux, a tendance à prendre facilement du poids et avoir de la graisse). Cependant, l’Ayurvéda considère que le meilleur récipient est un pot en terre.

De plus, l’Ayurvéda recommande la cuisson au feu de bois ou sur une cuisinière à gaz tandis qu’elle déconseille totalement l’électricité (plaques électriques) et le micro ondes. Une balance précise viendra compléter la panoplie de votre matériel.

 

 

 

Méthodes de préparation des plantes 

 

 

1. Le jus frais obtenu en broyant une plante fraîchement cueillie puis filtrée. C’est la préparation la plus puissante.

 

2. Les infusions chaudes pour vata et kapha et les infusions froides pour pitta. Pour faire une infusion chaude, il faut faire bouillir de l’eau puis ajouter les plantes ; ensuite elles seront infusées et filtrées. Le temps d’infusion est beaucoup plus long que celui employé en phytothérapie occidentale, environ 30 minutes. Pour faire une infusion froide, les plantes seront infusées dans de l’eau froide pendant une heure minimum puis elles seront filtrées ; les infusions froides sont les méthodes de préparation les moins puissantes. Les infusions conviennent pour les fleurs et les feuilles.

 

3. Les décoctions dans de l’eau : les plantes sont mises dans de l’eau froide puis bouillies et filtrées. Les décoctions conviennent pour les racines, les écorces, les tiges et les fruits.

 

4. Les décoctions dans du lait : le lait est choisi pour son effet nutritif ou pour adoucir l’effet piquant de plantes ou pour rafraîchir ou encore pour induire le sommeil, arrêter les saignements, diminuer les inflammations. Enfin, le lait peut être considéré comme un sédatif et associé avec de la noix de muscade pour favoriser le sommeil.

 

5. Les poudres ou churnas. Elles peuvent être moulues ou pilonnées avec un mortier. Elles sont consommées avec de l’huile végétale, du miel, du sucre ou du ghee (beurre clarifié). Elles agissent sur l’appareil gastro intestinal et sur le plasma (rasa).

 

6. Les vins médicinaux qui contiennent des plantes et des épices. Ils augmentent le feu digestif et, comme le ghee, plus ils vieillissent, plus ils ont de propriétés médicinales.

 

7. Les pilules, les comprimés.

 

8. Les confitures médicinales comme le Chyawanprash qui contient pas moins de 43 ingrédients (fruits et herbes ayurvédiques) !

 

9. Les guggulus confectionnés à partir du Guggulu (résine d’un arbre). Elles sont utilisées pour traiter l’arthrite et les troubles nerveux mais aussi pour perdre du poids.

 

Quant à l’utilisation des plantes par voie externe, la phytothérapie ayurvédique emploie des préparations plus complètes et efficaces qu’en phytothérapie occidentale :

 

10. Les lepas (pâtes de plantes) obtenues en écrasant les plantes fraîches ou sèches additionnées d’eau. Elles seront employées avec des anupanas tels que le miel, le ghee ou l’huile. Ainsi, les informations des plantes seront mieux véhiculées et agiront en profondeur. Ces lepas servent à apaiser le stress, les inflammations, les douleurs, les blessures, les oedèmes, les saignements, les brûlures, etc. Elles sont appliquées sur la peau et peuvent également être prises par voie orale.

 

11. Les tailas (huiles médicinales) confectionnées en mélangeant eau, huile, plantes et en les faisant cuire pendant longtemps. Ces huiles médicinales sont utilisées pour les massages ayurvédiques, les soins de beauté, les bastis ou lavements, pour des bains locaux, le traitement des oreilles et des yeux, le traitement nasal, les pansements des blessures et aussi, par voie orale.. Ces huiles agissent sur la peau, le sang, les poumons, le colon, les tissus nerveux.

 

12. Le ghee médicinal préparé avec des plantes, de l’eau et du ghee. Il est utilisé pour le traitement nasal (nasya), pour la peau et pour les traitements par voie interne.

En conclusion, les plantes sont utilisée par voie externe pour : des lavements, des pâtes de plantes, des huiles médicinales, des ghee médicinaux, des administrations nasales, des préparations pour la peau.

 

 

 

Choix du moment de la journée 

 

 

Selon l’Ayurvéda, les plantes seront administrées selon le moment de la journée et en fonction des parties du corps :

 

1. Au réveil seront données les plantes qui diminuent la constitution kapha et les régénérants.

 

2. Une ½ heure à 1 heure avant les repas seront données les plantes agissant sur la partie inférieure du corps, sur l’élimination ou apana vayu et les plantes agissant sur le colon, les reins, les organes reproducteurs. Les plantes prises avant les repas seront les laxatifs et purgatifs, les diurétiques, les emménagogues, les aphrodisiaques.

 

3. Pendant le repas seront données les plantes agissant sur la digestion ou samana vayu soient les digestifs, les carminatifs, les stomachiques, les toniques amers.

 

4. Après le repas seront données les plantes agissant sur la partie supérieure du corps soient les expectorants, les sudorifiques, les nervins, les plantes agissant sur les poumons, le cœur, le cerveau.

 

5. En dehors des repas seront données les plantes agissant sur l’asthme, les vomissements, les hoquets.

 

6. Une heure avant le coucher seront données les plantes contre l’insomnie.

 

 

Comment les plantes agissent sur le corps humain ?

 

 

L’Ayurvéda est basé sur la théorie des 5 éléments (air, éther, eau, feu, terre). Ces 5 éléments sont présents dans l’univers mais aussi dans votre corps ; ils se combinent pour former les 3 principes fondamentaux : l’air, le feu et l’eau, créant ainsi les 3 doshas Vata, Pitta et Kapha qui constituent la nature de tout organisme vivant.

 

Chaque dosha est composé de 2 éléments soit vata (air + éther), pitta (feu + eau), kapha (terre + eau).

 

 

 

 

Action à travers le 5 éléments 

 

 

De même, les plantes sont constituées des 5 éléments :

 

L’éther se trouve dans le fruit

L’air est représenté par les feuilles

Le feu est dans les fleurs

L’eau est dans les branches et les tiges

La terre est dans la racine

 

On retrouve les 3 principes fondamentaux (air, feu, eau) dans les plantes :

Les racines sont faites de terre et d’eau comme kapha
Les fleurs sont faites de feu comme pitta
Les feuilles et les fruits sont faits d’air et d’éther comme vata.

 

 

 

 

Action sur les 7 tissus

 

 

Les 7 dhatus (types de tissus) de la plante agissent sur les 7 dhatus du corps humain :

 

Rappelons que les dhatus sont responsables de toute la structure du corps et qu’ils sont au nombre de 7 :

1. rasa le plasma,

2. rakta le sang,

3. mamsa les muscles,

4. meda la graisse,

5. ashti les os,

6. majja les nerfs,

7. shukra ou artava les systèmes reproducteurs masculin et féminin

 

 

Ainsi :

– le jus de la feuille agit sur le plasma (rasa),
– la sève, la résine agit sur le sang (rakta)
– le bois tendre agit sur les muscles (mamsa)
– la gomme ou sève durcie agit sur la graisse (meda)
– l’écorce agit sur les os (ashti)
– les feuilles agissent sur les nerfs (majja)
– les fleurs et les fruits agissent sur les organes reproducteurs (shukra).

 

 

 

 

Action à travers les 6 rasas 

 

 

Et de même, on retrouve les 6 rasas (saveurs) dans les plantes :

Le sucré ou doux est rare dans les plantes mais on le trouve néanmoins dans quelques plantes comme la réglisse, la guimauve, le fenouil. Toutefois il est possible d’accroître le goût sucré dans les plantes en les préparant avec du miel, du sucre ou du lait.

Le salé est rare dans les plantes mais on le trouve dans le sel et les algues. Il est possible d’accroître le goût salé en ajoutant du sel aux préparations de plantes.

L’acide est assez présent dans les plantes. On le trouve par exemple dans les baies d’aubépine, les framboises. De même, on peut accroître le goût acide en faisant fermenter les plantes (teintures, vins médicinaux).

L’amer est très courant dans les plantes (aloès, pissenlit, gentiane).

L’astringent est aussi très courant dans les plantes (bouillon blanc, plantain).

Le piquant se trouve un peu plus que le sucré dans les plantes mais pas en abondance. On le trouve dans des plantes telles que le poivre, l’ail, l’oignon, le laurier, le piment.

 

 

 

Les plantes pour équilibrer votre dosha prédominant 

 

 

VATA est constitué d’air et d’éther. Il est froid, léger, sec, mobile, subtil, clair, dispersé, irrégulier, dur. Sachant que le semblable augmente le semblable tandis que l’opposé le diminue, vata sera traité par le chaud, le lourd et l’humide. Afin de maintenir vata bien équilibré, il lui faut une thérapie chaude, douce, humide, apaisante, nourrissante, fortifiante. Les plantes à utiliser pour vata seront chaudes et douces, nutritives, toniques.
Vata en excès aura tendance à la nervosité, aux gaz intestinaux, à la constipation, aux douleurs, à l’insomnie, aux spasmes et tremblements.

 

Il pourra prendre les plantes suivantes :

 

En cas de gaz intestinaux, vata prendra des plantes carminatives à énergie chaude (les plantes carminatives favorisent l’expulsion des gaz). Il ne faut pas les utiliser en excès sous peine d’augmenter la sécheresse de vata.

 

En cas de constipation, vata choisira des plantes laxatives douces et humides comme les graines de psyllium (car vata est dur et sec) auxquelles on ajoutera des plantes douces et chaudes comme les graines de lin afin de ne pas augmenter la fraîcheur de vata (car il est froid). Les plantes laxatives diminuant le feu digestif (agni), on ajoutera aussi des plantes carminatives qui stimulent le feu digestif. Les plantes laxatives facilitent l’évacuation des selles.

 

En cas d’insomnie, vata prendra des plantes sédatives chaudes et douces telles que la noix de muscade (1 pincée de poudre de noix de muscade dans 1 verre de lait chaud) ou la valériane.

 

En cas de tremblements, vata prendra des plantes antispasmodiques chaudes comme le basilic. Les antispasmodiques soulagent les spasmes.

 

Il est à noter que les plantes diurétiques et les toniques amers sont contre-indiqués pour la constitution vata.

 

 

 

PITTA est constitué de feu et d’eau. Il est chaud, léger (mais plus lourd que vata), humide, mobile, huileux, liquide, pénétrant, tranchant. Pitta sera traité par le froid, le lourd, le sec. Afin de maintenir pitta bien équilibré, il lui faut une thérapie fraîche, tonifiante et nutritive. Les plantes à utiliser pour pitta seront fraîches, douces, amères.
Pitta en excès aura tendance aux sensations de brûlure, aux inflammations, aux infections, à la diarrhée, aux hémorragies, aux fièvres élevées.

 

Il pourra prendre les plantes suivantes :

 

Pour évacuer la chaleur du corps, pitta prendra des plantes sudorifiques fraîches telles que la coriandre ou la camomille. Les sudorifiques frais font transpirer, diminuent la température du corps et la chaleur. Il pourra également prendre des plantes diurétiques fraiches telles que la bardane ou le fenouil ; les diurétiques augmentent la sécrétion urinaire, le fait d’uriner réduit la chaleur du corps, rafraîchit, élimine les toxines, purifie le sang.

 

En cas d’insomnie, pitta prendra des plantes sédatives fraîches telles que la verveine ou le tilleul.

 

En cas de fièvres élevées, pitta prendre des plantes toniques amers telles que l’aloès ou la gentiane ; les toniques amers sont les plus puissantes pour diminuer pitta, elles font tomber la fièvre, dissipent la chaleur, éliminent les toxines, réduisent la graisse du corps.

 

En cas d’hémorragies, pitta prendra des plantes hémostatiques fraîches telles que l’ortie. Les plantes hémostatiques arrêtent les hémorragies et rafraîchissent le sang.

 

 

 

KAPHA est constitué de terre et d’eau. Il est froid, lourd, humide, doux, lent, mou, collant, statique, huileux. Kapha sera traité par le chaud, le léger, le sec. Afin de maintenir kapha bien équilibré, il lui faut une thérapie chaude, légère, sèche, stimulante, allégeante. Les plantes à utiliser pour kapha seront chaudes, piquantes, amères, astringentes que l’on peut combiner avec des plantes fraîches, amères, astringentes mais si ces dernières sont employées, il faut toujours leur ajouter des plantes chaudes et piquantes.

Kapha en excès aura un feu digestif affaibli, une tendance à avoir des troubles respiratoires (rhume, toux, bronchite…), des nausées et vomissements, une augmentation de poids voire de l’obésité, une alternance de constipation et diarrhée, beaucoup de mucus et de salivation, de l’eau en excès, de la rétention d’eau.

 

Il pourra prendre les plantes suivantes :

 

Pour augmenter le feu digestif, kapha prendra des plantes digestives chaudes et piquantes telles que le gingembre sec (en poudre), le piment de Cayenne, le poivre noir. Ces plantes stimulent la digestion, augmentent la chaleur et détruisent les toxines.

 

Pour réduire la graisse du corps, kapha prendra des plantes toniques amers telles que l’aloès ou la gentiane ; ces plantes réduisent la graisse du corps, éliminent les toxines, font tomber la fièvre, régularisent le métabolisme du sucre.

 

En cas de constipation, Kapha prendra des laxatifs (si faible) ou purgatifs (si forte) chauds et secs tels que la carotte et le raifort ; les plantes laxatives ou purgatives facilitent l’évacuation des selles ; elles doivent toujours être prises avec des plantes carminatives.

 

En cas de diarrhée, Kapha prendra des plantes astringentes anti-diarrhée chaudes et piquantes avec des fraîches et amères telles que la noix de muscade ou le gingembre, l’écorce de chêne.

 

Pour éliminer l’excès d’eau, kapha prendra des plantes diurétiques chaudes et sèches telles que la cannelle ou les graines de moutarde ; les plantes diurétiques réduisent l’eau du corps et assèchent donc les types kapha.

 

En cas de congestion, rhume, bronchite, etc, kapha prendra des plantes sudorifiques chaudes (pour éliminer l’eau en excès à travers la peau) comme l’eucalyptus ou le thym et des expectorantes chaudes et sèches (pour évacuer l’eau, expulser le mucus) comme l’aunée ou le gingembre sec.

 

 

 

Bonnes retrouvailles avec les forces infinies de la Nature !

 

 

Article préparé par Christine Blin – Chandrika

Thérapeute Spécialiste de l’Ayurvéda, écrivaine, auteure de « Le grand livre de l’Ayurvéda adapté à l’Occident – Mieux-être et mieux-vivre aux éditions Ecce »

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